Fin mai sur le Haut Val de Bagnes. Les marmottes déjà courent les prés où les aigles chassent assidûment; ils ont aiglon à nourrir. Quelque part dans une gorge retentit un chant presque entièrement étouffés par l’écho de la rivière.

Merveilleux papillon coloré, un tichodrome arpente la roche verticale, comme si de rien n’était tant ses griffes s’avèrent efficaces sur le rocher. Son long bec s’insère avec adresse dans les fentes pour y dénicher quelque pitance.
Un nid attire mon attention non loin de là. Cinq oeufs de couleur brun-ocre reposent parmi des branches sous un petit surplomb. Qui donc sont ces parents négligents qui abandonnent ainsi leurs oeufs au premier corbeau venu? La réponse ne saurait tarder car ils ne peuvent rester longtemps à découvert.

Rapide comme l’éclair, un faucon se pose sur les branchages et recouvre les oeufs avec précautions. Un nouvel affût débute à l’observation d’un des miracles de la vie!

Quelques jours plus tard survient le mâle qui apporte un mulot à madame; reconnaissable à sa queue et à sa tête grises il prend le relai alors que madame s’envole en face pour dépecer son déjeuner. Elle ne tarde pas à revenir prendre sa place, infiniment patiente 35 jours durant pour couver sa progéniture. Un petit mois plus tard apparaît sous ses plumes un oisillon tout blanc; il a les yeux encore clos.

Une deuxième tête apparaît trois jours plus tard La mère les nourrit à bout de bec. Ce sera tout pour cette couvée, les trois autres oeufs resteront là durant un bon mois, le temps pour les oisillons de croître suffisamment pour prendre leur envol.

Sans cesse affamés, ils demandent toute leur énergie à leurs parents pour les nourrir en suffisance. Les jours s’écoulent; les rapaces nourriciers vont et viennent sans jamais se reposer. Le pelage des oisillons tourne au gris.

Ils grandissent vite, puis apparaissent de petites plumes noires. Coiffés d’une perruque rigolote, les deux rejetons se disputent la moindre nourriture avec avidité, révélant un vrai caractère de prédateur. Leur pelage se hachure progressivement de noir et de brun. On reconnaît bientôt leurs allures de faucons.

Lors de chaque visite les parents sont accueillis de cris stridents et de battements d’aile. Ils se hasardent au bord du nid d’un pas toujours plus sûr.

Les petits faucons prennent belle allure et atteignent leur taille d’adultes. ils deviennent difficiles à distinguer de leurs parents.

Le jour de l’envol approche, qui m’échappe, de même qu’au père, tout surpris lors de sa visite de constater que le nid, désormais, est vide. 24 juillet: Le père reprend sa proie et s’enquiert de ses petits. Ceux-ci harcèlent déjà le jeune aiglon qui vient de prendre son envol.


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