Fin janvier en altitude, dans le Haut Val de Bagnes. Une observation particulière m’annonce un printemps laborieux:

Un couple d’aigles est posé dans la falaise. Je vais les suivre de près, observant les quelques aires que je connais. Ils y a effectivement de l’activité à l’une d’entre elles.

Fin mars les adultes l’aménagent de nouvelles branches d’épicéas et laissent entendre leur salves de cris à proximité. Je dois me faire très discret et rester à distance pour ne pas troubler leur nidification. Parfois le brouillard me permet d’approcher un peu plus près pour observer l’aire.

Voire même suivre quelques rotations à l’aire, lorsque le mâle vient alimenter la femelle, voire la remplacer pour qu’elle puisse se dégourdir les ailes. Mais c’est elle qui, principalement, couve les oeufs. Après une quarantaine de jours de couvaison, l’oeuf devrait éclore. J’ai quelques indices de la présence d’un oisillon, sans pouvoir l’observer, jusqu’à la mi mai où je vois soudain un jet blanchâtre jaillir les branchages.

L’aiglon, que j’appelle Philoménon sait déjà déféquer dans le vide. Aussi longtemps que son duvet n’est pas encore complet, sa mère passe les nuits en sa compagnie et part en chasse au petit matin.

Fort vite, de premières plumes noires apparaissent sur son pelage et il se met à battre des ailes, timidement tout d’abord, puis avec plus d’assurance.

Philoménon commence à dépecer de son bec déjà puissant les restes de proies que lui amènent ses parents; son regard devient perçant mais il n’affiche aucune inquiétude à ma vision. Lorsque l’un de ses parents survole le nid, il lance des piaillements stridents pour manifester son inextinguible faim.

C’est qu’il ne dispose que de dix petites semaines pour atteindre sa taille d’adulte et prendre son envol. Ayant atteint sa taille définitive dès la mi-juillet, l’aiglon arpente son nid avec toujours plus de hardiesse, nullement impressionné par le vide.


Il choisit de quitter son nid un 24 juillet, alors que, retardé par une importante ravine bloquant l’accès routier à la vallée, j’arrive trop tard au nid. Dès son envol, il est harcelé par un couple de faucons crécerelles qui, lui aussi, a niché dans les environs. Ce sera l’objet de mon prochain blog. C’est avec fierté que j’observerai les vols de Philoménon dans le Haut Val de Bagnes.


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