"Le Temps" a pris le temps

Marie Parvex, correspondante valaisanne au "Temps" a pris le temps de m'accompagner, avec le photographe Olivier Maire et son apprenti, sur les traverses humides reliant Vétroz à Saint-Pierre de Clages. Merci pour la sensibilité de son article:


Le photographe et guide de montagne est à mi-parcours de sa descente de la vallée du Rhône à pied. Un périple de six semaines qu’il mène appareil photo au poing pour rendre compte de son canton aujourd’hui
François Perraudin a dormi dans son bus, dans un camping près de Sion. Depuis trois semaines et demie, ce guide de montagne et photographe valaisan descend la vallée du Rhône à pied. A la fin de chaque journée, il


prend les transports publics pour retourner chercher son véhicule et l’amener un peu plus en direction du Léman.
Tout au long du trajet, il photographie, filme et écrit ce qu’il voit. Il s’est levé quand il faisait encore nuit, pour aller à la rencontre d’un agriculteur à l’heure de la traite. «Une agriculture très moderne où la traite est mécanisée, où les vaches d’Hérens paissent sous les lignes électriques qui strient la plaine», décrit-il. «Mais Stéphane Pillet est surtout un agriculteur charismatique et passionné qui forme des apprentis valaisans et emploie d’anciens toxicomanes», raconte François Perraudin en marchant sur
une petite route goudronnée entre le Rhône et les vergers. Il s’arrête un bref instant pour immortaliser les femmes juchées sur un tracteur en train de ramasser des pommes. Malgré le crachin et le vent, elles lui répondent par de grands signes de la main et commentent en portugais.
Entre les canaux d’irrigation, les flaques d’eau, l’autoroute et le chemin de fer, François Perraudin cherche patiemment comment traverser la plaine vers le nord pour aller visiter un marais appartenant à Pro Natura. «C’est fou le trafic qu’il peut y avoir sur ces petites routes secondaires de la plaine», note-t-il en marchant. «On se rend davantage compte de l’explosion de la mobilité lorsqu’on se déplace à pied.»
Ce périple en plaine, il en rêve depuis quinze ans. Lui, l’arpenteur des sommets, le photographe des plus belles cimes, avait envie de rendre compte d’un autre Valais. Pour découvrir le canton tel qu’il est, tel qu’il se
transforme. «Aujourd’hui, j’accepte qu’il y ait des pylônes électriques sur presque toutes mes images. Je photographie la réalité parce que je voudrais que nous prenions conscience de ce qu’est le Valais, que nous
puissions débattre de notre avenir en écoutant tous les intérêts en jeu.» Pour François Perraudin, le canton est à un tournant dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’énergie, du tourisme. Son métier de guide lui a appris à lire un paysage. Les conduites forcées qui traversent une forêt, les canaux qui disparaissent dans un vallon… «Le Valais est un paysage aménagé par l’homme avec beaucoup d’îlots de nature facilement accessibles. J’aime ces vignerons, agriculteurs, médecins, éducateurs qui font la montagne. Parce qu’au fond, la plaine fait partie de la montagne», dit-il. Alors, le photographe a soigneusement préparé son périple pour rencontrer des entrepreneurs, des hommes et des femmes qui s’engagent dans leur métier avec passion. Sans entrer dans les débats politiques, juste pour sentir «le pouls du pays, décrire comment il empoigne son destin.»
Hier, François Perraudin était à la clinique de réadaptation de la SUVA, à Sion. Avant-hier avec un urbaniste de la Ville de Sion qui lui expliquait les limites et les enjeux du développement de la commune. Les jours précédents encore, dans la crèche de Grimisuat ou la fonderie de Novelis. Trois semaines plus tôt, il commençait son périple dans l’Obergoms, dans la vallée de Conches. «C’est une région incroyablement préservée. Les villages ont réussi à dresser un inventaire local des monuments à protéger il y a quinze ans, alors que Sion termine le sien aujourd’hui. Le résultat, c’est une architecture parmi les plus préservées des Alpes.»
Marcher pour prendre le temps, pour laisser la place au hasard de la rencontre. Dans la vallée de Conches encore, où, traversant Niedergesteln, François Perraudin tombe sur des propriétaires de moutons en train de donner des notes à leurs bêtes. «Ils connaissent la généalogie de chacune et font des sélections pour avoir le meilleur poil ou le meilleur gigot», raconte-t-il. Marcher pour être un voyageur dans son propre pays. «Entre mon métier de guide et mes mandats de photographe, cela fait déjà dix ans que je voyage en Valais», rigole-t-il. «Le voyage tue les préjugés, c’est une citation de Mark Twain que j’ai lue ce matin et qui colle parfaitement à ce que je vis. Je suis là pour apprendre.»
Demain, François Perraudin continuera sa route en direction de Martigny. Il passera au pied des grandes éoliennes de la plaine du Rhône. Rencontrera peut-être un séminariste d’Ecône, en écho à l’accueil chaleureux des soeurs du couvent de Géronde, chez qui il a soupé il y a quelques soirs. «Je laisse ma destinée dans les mains des autres. Et les choses se font d’elles-mêmes. Je suis frappé de voir à quel point les gens m’ouvrent leur porte. Entrepreneurs, paysans ou personnes rencontrées au gré du chemin, ils ont l’air heureux de me laisser m’immiscer dans leur vie.» De ces vies valaisannes, François Perraudin fera un livre au printemps prochain. Il insérera ses films dans un récit qu’il diffusera sur Internet. Et raconte son périple en direct sur son blog.

 

François Perraudin twitter   
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