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Chronique N°2 publiée dans le Nouvelliste du 24 septembre

Le Bonheur côté jardin

Ruedi et Daniela, Philipp et Ingrid, Stefan et Pia: trois familles vivent dans une maison d’architecture organique aux portes du village buriné d’Ernen.

Lorsque l’on vient de Mühlebach, le regard est attiré par cette construction dont les tuiles de bois n’ont pas encore la patine des ans. Le toit, les parois et les cloisons ignorent tout angle droit: plutôt inédit dans ce paysage imprégné d’habitat traditionnel. La coopérative Bergland exploite un hectare et demi de beaux jardins potagers ainsi que de nombreuses parcelles disséminées sur l’ensemble de la commune d’Ernen; toutes sont destinées à la production de viande, d’herbes aromatiques, de fruits et de légumes. Dans leur étable à l’air libre, coiffée de panneaux solaires, se rassemblent veaux, vaches, moutons, cochons, chèvres, poules et lapins. «Dès le début nous avons voulu pratiquer une agriculture extensive, sans entrer dans les canaux laitiers traditionnels» affirme Ruedi Schweizer. Lorsque le forestier, l’agriculteur et le laborantin arrivent dans la région, il y a 24 ans, on les qualifie de hippies. Dans leur magasin bio ouvert au coeur du village, puis dans divers magasins bio du pays et sur internet, ils vendent oeufs, légumes, viande, fromage, thés et multiples produits dérivés. Ils organisent des trekkings à dos de mulet et tiennent chambre d’hôtes. Après une longue procédure, Berglandhof devrait bientôt ériger trois bâtiments destinés à accueillir plusieurs générations sous le même toit. La «Generationen Haus» a l’approbation de la collectivité locale, même si l’esthétique de l’architecture anthropologique alimente le débat.

Ruedi et son équipe ont fait du chemin depuis un quart de siècle. Ils voient venir le nouveau système de dédommagement agricole de la confédération avec confiance: «pas plus de 40% de nos entrées» affirme Ruedi. Leurs revenus sont diversifiés, leur produits labellisés bio. «Je m’identifie plus à mon rôle de jardinier du paysage qu’à celui de paysan-éleveur. Je regrette que l’agriculture traditionnelle s’intensifie dans sa course à la recherche du seul profit.» Suivi par de rares paysans bio dans la vallée, Bergland est venu de Suisse centrale vivre dans le magnifique potentiel de la région, alors que de nombreuses exploitations agricoles sont confrontées à des problèmes de rajeunissement. Bon nombre de jeunes quittent Goms pour d’autres professions sous d’autres cieux. L’herbe serait-elle plus verte ailleurs? «La région offre pourtant une incroyable qualité de vie!» Guère de week-end de congé pourtant; Ruedi et ses collègues ne comptent pas les heures de travail qu’exige la biodynamie, motivés par la joie de vivre en pleine nature, proche des animaux et selon un rythme dicté par les saisons. La coopérative fait des émules: pas loin de là, sur le flanc ensoleillé du vallon de Binnachra, Henry Fuchs et sa femme sont venus d’Allemagne de l’est il y a six ans. Anciens stagiaires de l’école Steiner auprès de Bergland, ils se sont mis courageusement à leur compte pour élever des chèvres et des moutons de pair avec leurs jeunes enfants Félix, Anna et Sarah.

François Perraudin twitter   
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