À l’ombre de la terre

Ils sont nombreux, ce matin du 28 octobre, à avoir lorgné par la fenêtre et, déçus par le plafond de nuages, à avoir rejoint leurs plumes pour quelques heures de sommeil de plus. C’est qu’il fallait monter, cette nuit-là, fort haut jusqu’au-dessus de la mer de brouillard, pour découvrir le phénomène. À 1800 mètres d’altitude, les persévérants ne le regrettent pas.

Le phénomène est celui de la super-lune, lorsque le satellite de la terre, au plus proche de celle-ci, passe dans son ombre, s’éteint et vire à l’orange, presque au rouge. Ou lorsque, malgré la pleine lune, on peut observer toute la beauté de la voie lactée sans être importuné par une trop forte luminosité lunaire. Il s’est même trouvé quelque étoile filante pour strier le ciel et appeler au vœu le plus sincère.

Ne serait-ce que pour le spectacle de cette lune pleine et si proche, cela valait le déplacement. Lorsque l’on observe même à l’œil nu le relief lunaire et lorsque de simples jumelles dévoilent ci une vaste pleine, là un cratère ou encore une montagne. Nul besoin de lampe de poche pour progresser sur terre, on y voit presque comme en plein jour, mais en monochromie: les couleurs s’effacent et rendent la nuit mystérieuse pour quelques heures de méditation.

L’éclipse débute de manière imperceptible, juste une zone d’ombre qui, petit à petit, recouvre son bord droit. Puis le disque devient croissant, la lumière diminue et vire gentiment à l’orange. Lorsque tout rayonnement direct disparaît de la surface lunaire, celle-ci s’efface presque et revêt une robe rouge-orangé. Une heure durant, l’imaginaire se plaît à sombrer dans une ambiance d’apocalypse. Jusqu’à ce que, subrepticement, une lueur apparaisse sur le côté gauche, un croissant pâle tout d’abord, bientôt éclatant de lumière à force de s’épaissir. Et l’orangé de disparaître de la face ombragée, et la face éclairée de dévoiler petit à petit les cicatrices de son relief. Jusqu’à ce que la lune dans son entier devienne à nouveau normale et poursuive sa trajectoire vers le couchant d’une nuit insolite.

Alors que les premiers chasseurs rejoignent leur poste, sur la lune, ce jour-là, il y avait une éclipse solaire.

Jusqu’à ce que, subrepticement, une lueur apparaisse sur le côté gauche, un croissant pâle tout d’abord, bientôt éclatant de lumière à force de s’épaissir

 

Jusqu’à ce que la lune dans son entier devienne à nouveau normale et poursuive sa trajectoire vers le couchant d’une nuit insolite

 

François Perraudin twitter   
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