Un pas vers la zénitude

Journaliste expérimenté, notamment ancien rédacteur en chef adjoint du Temps, François Modoux signe une série de 5 articles consacrés aux relations de passionnés avec la neige. Dans l'édition du 3 janvier 2018, le journal 24H me consacre un article: "Son joker abattu, il avance vers la zénitude", illustré avec goût par une photo d'Odile Meylan et un bref portrait filmé contant une anecdote de ma carrière de guide.

 Anecdote de guide

Piégé par la neige, il a joué son joker

Le guide François Perraudin a surmonté son accident « en dialoguant avec celui qui veille là en haut ». Leçon de sagesse par un guide de montagne que la neige, un jour, a piégé.

François Modoux : texte
Odile Meylan : photo et vidéo

Photo Odile Meylan
Deux ans ont passé depuis l’accident. François Perraudin a digéré, il peut témoigner sans culpabilité ni crainte d’être jugé. «J’ai pris un sacré coup sur la patate», lâche le Bagnard, 61 ans, guide de montagne depuis 1981. Dans le métier, en Suisse romande, il est une référence. Un pédagogue et un conférencier recherché, notamment sur la gestion des risques. Cheveux en bataille, sourcils broussailleux, le verbe franc, il témoigne à l’occasion d’une sortie en raquettes dans les Préalpes fribourgeoises : «L’accident, ça n’arrive pas qu’aux autres. »

C’est la neige qui a piégé François Perraudin. Dans la vie d’un guide, assure-t-il, l’hiver est la saison « la plus délicate » à traverser. Aux jeunes, il enseigne la devise : « Expert, méfie toi. L’avalanche ne sait pas que tu es un expert. » Autrement dit : le risque zéro n’existe jamais et la coulée peut surprendre le professionnel le plus aguerri. Parce que la stabilité du manteau neigeux n’est pas une science exacte.

Ce jour-là, le 29 avril 2015, les conditions pour le ski en haute altitude sont excellentes. François Perraudin accompagne une amie en terrain connu: « son » massif des Combins, « le petit Himalaya des Bagnards ». Ils sont en route pour effectuer des prises de vues. Un peu plus tôt, ils ont skié le raide couloir sous le col du Moine, sur une neige compact et dure. Ils progressent crampons aux pieds, skis sur le sac, sous le Combin du Meitin, empruntant un autre couloir présentant la même exposition et une qualité de neige semblable au précédent. « J’ai choisi l’itinéraire le plus prudent, contournant un éperon rocheux», se souvient le guide. Une plaque à vent, deux mètres de large, cède sous leur passage. Surpris, les deux alpinistes perdent l’équilibre et sont entraînés dans la pente sans être enfouis sous la petite coulée. Ils dévaleront le couloir, sur 150 mètres. François Perraudin a voltigé par dessus l’éperon rocheux, ce qui l’a fracassé ; son amie a passé juste à côté de l’obstacle. Victime d’un traumatisme crânien et de multiples fractures à une jambe et au bassin, le guide est en état de choc, inconscient, quand son amie déclenche les secours. Il se réveillera aux soins intensifs à l’Hôpital de Sion.

Le débriefing, si important
« Ai-je commis une faute ? » François Perraudin s’est bien sûr posé la question cent fois. Aurait-il pu repérer cette sournoise accumulation de neige? Et aurait-il alors anticipé qu’elle risquait de céder ? Il évoque le débriefing post-traumatique, «essentiel pour avancer». Avec les proches, avec celle qui l’accompagnait, avec les secouristes, avec des collègues guides. Mais ce n’est qu’un bout du chemin.

« Le travail d’introspection pour retrouver confiance et surmonter le choc, tu le fais seul. Ca m’a pris une année. » Il fait une analogie avec les Cafés Mortels de l’ethnologue Bernard Crettaz: «J’ai beaucoup dialogué avec celui qui veille là-haut. » Et cet aveu : « Je pensais être croyant, j’avais fait baptiser mes enfants à l’Hospice du St-Bernard. Mais c’était enfoui. J’apprends à redécouvrir la foi.» L’épreuve a révélé des besoins de spiritualité.  Elle a changé la perspective : « Tu prends conscience de la richesse de la vie. De l’importance de tes proches. »

Plus humble et encore plus prudent qu’avant l’accident,  François Perraudin se sait miraculé : « Dans une vie de guide, on a un joker, je l’ai abattu.» L’accident le pousse à encore mieux comprendre la neige et sa dynamique mystérieuse. Il reprend des cours pointus sur le risque d’avalanche. Il recherche un dénominateur commun à tous les pratiquants de la poudreuse en hiver et trouve du plaisir dans la transmission de ses connaissances du risque d’avalanche: «Le plus gratifiant de mon métier, c’est partager mes connaissances. Je suis un passeur.»

Né d’un père avocat et d’une mètre institutrice, François Perraudin a grandi à Sion. Le ski, une passion dès l’enfance,  l’a conduit à embrasser la montagne dans toutes ses dimensions. Trois décennies qu’il guide, photographie, écrit, filme, raconte l’alpe, les cimes et ceux qui y vivent. Son parcours est celui d’un autodidacte, curieux de tout, créatif et jaloux de son indépendance. « Je suis un intello de la montagne », souligne celui qui obtint jadis au Poly de Zurich son diplôme d’ingénieur en sciences naturelles. « Mes parents songeaient pour moi à un métier sérieux. J’y suis allé pour comprendre les forces naturelles ayant sculpté les sommets.»

« Le vrai repos est dans le mouvement »
Toujours occupé à de nouveaux projets qu’il mène avec le soin de l’artisan, il cite le poète Maurice Chappaz : «Ainsi je vais, le vrai repos est dans le mouvement.» Increvable ? A 62 ans ce mois de janvier, il conserve du plaisir à guider mais cherche à partager une émotion esthétique plutôt que l’exploit sportif. Il dit non s’il ne se sent pas à l’aise avec le projet de course. Il assume aussi des choix qui le cataloguent « vieux jeu ». Il a par exemple banni l’héliski il y a dix ans : « Ne pas avoir la fibre pour l’environnement, c’est couper la branche sur laquelle on est assis.» Le sac à dos airbag qu’un client lui a offert reste à la cave : «C’est bon pour les patrouilleurs et les freeriders, surexposés au risque de coulée. Moi, je veux rester capable d’apprécier le danger et d’écouter mes tripes. Je n’y me lance pas si c’est trop risqué. »

L’an dernier, François Perraudin a consacré un ouvrage à la spiritualité vécue dans la montagne (En Hauts Lieux, Editions Slatkine). Ce travail lui a été proposé par la Congrégation des chanoines du Grand St Bernard qui, bientôt, fêtera ses 1000 ans de présence en montagne. C’est arrivé peu après l’accident, alors que lui-même se reconstruisait. «Il n’y a pas de hasard», confie le guide. Il croit aux cycles dans la vie. Le sien semble être de progresser sur le chemin de la zénitude.




Commentaire (0) Clics: 13

Ueli Steck: une mort qui interroge

Le décès tragique de Ueli Steck en Himalaya nous interpelle parce que l’alpiniste est allé jusqu’à la fin ultime de sa passion. Sa mort nous interroge parce qu’elle est survenue en pleine conscience, après plusieurs mises en gardes presque fatidiques. Pourquoi donc pousser la barre aussi loin?

Parce que notre société, intolérante à la prise de risques, pourtant sans cesse poussée vers le «citius, altius, fortius » dissimule l’issue fatale au fin fond de son subconscient, sans pouvoir en effacer une peur viscérale? La pratique de Speed Climbers tels qu’Ueli Steck est, à l’image de notre société, une recherche absolue… poussée aux extrêmes de ce que la montagne peut offrir. Je ne connais aucun champion olympique prenant autant de risques que ces grimpeurs. Réalisées de manière très professionnelle, les images d’Ueli Steck escaladant la face Nord de l’Eiger fascinent et glacent le sang. Vues aériennes en contre-plongée nous happant dans le vide et saisissant son degré d’exposition; plans rapprochés le montrant accroché aux pointes de ses piolets et de ses crampons dans l’art du dry-tooling. Un piolet zippe ici, un pied glisse là, peu importe, les autres tiennent, il faut aller vite. Là où tout grimpeur s’assurerait par trois fois que ses ancrages tiennent, Ueli ne fait que passer… En parfaite maîtrise et pleine conscience que cela peut, une fois, mal se passer. Ueli Steck et ses rares compères ont exporté ces techniques en Himalaya. En plus des dangers subjectifs liés au grimpeur lui-même, qu’ils maîtrisent au plus haut point, les dangers objectifs y sont à l’image des plus hauts sommets: glaciers crevassés que l’on traverse sans corde, faces immenses soumises à des températures extrêmes, déversant neige, glace et rochers au moindre soubresaut, zone de la mort enfin dont l’oxygène raréfié soumet les organismes à des conditions mortelles en cas d’exposition prolongée. Des conditions dangereuses qui, à la fois repoussent la plus grande partie des montagnards et suscitent leur admiration. Outre les fosses abyssales et le grand Nord au coeur de la nuit polaire, existe-t-il environnement plus hostile?


Dans toutes les interviews que donnait Ueli Steck, la mort figurait en arrière-plan, sans mots cachés. Personne, mieux que lui, ne pouvait ignorer qu’en montagne, la vie et la mort font partie de la même cordée. Il se déclarait sportif de compétition toujours en quête de défi. Le métier de guide n’était pas pour lui; il entendait lui-même contrôler tous les facteurs subjectifs de la prise de risques, chose impossible avec un client qui restreint les limites du risque raisonnable pour la cordée. Sa zone de confort était très étendue, parfaitement maîtrisée. Ueli s’entraînait selon des préceptes au meilleur des connaissances physiologiques, avait recours à un coach psychologique, à une équipe d’accompagnants de pointe; il développait du matériel léger et résistant. Toujours dans la logique de l’exploit, pas à la recherche d’un quelconque profit si ce n’est celui de vivre de sa passion. Ce à quoi rêvent tant d’êtres humains. Sa mort nous émotionne d’autant plus que ses exploits nous impressionnaient.
Détenteur de deux piolets d’Or, Ueli Steck figurait parmi les plus rapides dans les faces Nord des Alpes, les falaises verticales des Yosémites ou les hautes parois himalayennes. Cet Himalaya qui, à plusieurs reprises, l’avait mis en garde, surtout lors de son incroyable exploit dans la face Sud de l’Annapurna en solitaire. Ueli Steck est rentré profondément marqué de cette ascension. Arcbouté sur ses deux piolets ancreurs, une avalanche qui manque de le désarçonner lui fait réaliser le degré d’exposition de son aventure. Il continue, résolu à y laisser sa peau. « Ok, peut-être que tu ne rentres pas à la maison mais c’est égal, reconnaît-il dans une interview filmée poignante de sincérité. Maintenant je pense que c’est faux, mais à ce moment-là c’était comme ça. » Au sommet, à 8091 m, en pleine nuit au sommet d’un dévaloir de 2500 mètres, il réalise le sérieux de sa situation. « Après c’est le stress total. » Dans la descente, son angoisse augmente plus il s’approche de la rimaye. En bas, le sportif décompresse et fait le point, douloureux malgré l’ampleur de l’exploit accompli, pénible parce que le compétiteur se sait désormais à l’apogée de sa carrière: « J’ai vraiment de la peine à expliquer ce que j’ai fait, ce que j’ai vécu en haut. Tu te sens un peu comme quelqu’un d’autre. C’est fou. Tu es le seul à avoir vécu cela… Je ne sais pas pourquoi ça te fait mal. Peut-être parce que c’est une performance que tu n’arrives plus à dépasser, c’est fini, tu ne dois plus avancer comme ça. À 38 ans ce n’est pas facile à accepter que ce sont tes meilleures performances. Tu te sens un peu inutile maintenant et ça c’est dur à accepter et tu sais aussi que si tu continues comme cela tu te tues, c’est 100% sûr que si tu veux refaire des choses comme ça tu te tues. » Il sombre dans une profonde dépression dont il se remet par l’action.

Les années qui suivent ce passage à vide voient Ueli Steck parcourir par ses seuls moyens tous les 4000m des Alpes en 62 petites journées. « Je suis personnellement arrivé à un point où je dois reconnaître que, pour moi, toujours plus haut, toujours plus loin, toujours plus extrême, ce n’est plus possible. C’est une voie sans issue. Avec ces 82 4000m, je veux descendre en pression. » Pourquoi l’alpiniste est-il à jamais reparti vers les plus hauts sommets? Personne d’autre que lui ne le saura. Combien de satisfactions, de moments forts vécus, de rêves réalisés? Une vie entière consacrée à une passion communicative, si ce n’est entièrement partagée. Celui que certains dénommaient « la machine suisse » est allé au bout de sa passion, au péril de sa vie. Loin de tout jugement, il mérite pour cela hommage et reconnaissance!  
 

Commentaire (0) Clics: 259

Et si les montagnards tiraient à la même corde?

En matière de connaissance de la neige et de prévention des avalanches, chacun y va de sa propre trace: le club alpin forme ses chefs de cordée, les professionnels, accompagnateurs, professeurs de ski et guides ont leur propre cursus ainsi que Jeunesse et Sports pour ses moniteurs. Ce, rien que sur le plan national… Rien n’existait jusqu’à il y a peu pour madame et monsieur tout le monde, alors que le nombre d’adeptes de la glisse hivernale hors des terrains balisés croît à forte allure: 60’000 sacs Airbags se sont vendus l’hiver dernier dans les Alpes, 180’000 Détecteurs Victimes Avalanches et quelque 570’000 paires de ski freeride ou randonnée. Tous ces férus de poudreuse abordent les pentes sans formation spécifique, si ce ne sont de traditionnels cours avalanche se limitant aux seuls aspects du sauvetage.
L’International Snow Training Academy (ISTA) vient de créer un cursus de formation et de certification en quatre modules s’étendant sur trois continents et neuf pays différents, se calquant sur la formation des plongeurs, le PADI. Pour créer une méthode unifiée sur le plan international, dotée d’un langage et d’une méthode commune, elle a impliqué une quarantaine d’experts internationaux dans diverses disciplines, qui vont de la nivologie, de la météorologie au sauvetage, mais aussi - et surtout - au domaine de la pédagogie et de la psychologie du sport, ainsi qu’aux sciences humaines. S’ils maîtrisent bien les techniques et la connaissance du terrain, les professionnels peuvent en effet beaucoup profiter des pédagogues pour affiner leur pratiques de l’enseignement, toujours plus sollicitée. Cette nouvelle méthode pédagogique développée de manière novatrice et indépendante concentre l’essentiel de ses cours à la prévention: connaissance de la neige, des facteurs humains et de terrains déterminant la pratique. Les cours de l’ISTA doivent certes encore faire leurs preuves lors de cet hiver test sur le seul marché Suisse. La démarche, commerciale et ambitieuse, n’est pas non plus bon marché. Mais il était grand temps de trouver un dénominateur commun à tous les pratiquants de la montagne, même s’il est issu d’un organisme non institutionnel.

Le Cube 365

« Le Cube 365 est à l’image de ce merveilleux canton qui sait allier nouveauté, air du temps et maintien des traditions comme personne en Suisse. » Sandrine Cohen

 

Prenez un studio d’une quinzaine de mètres carrés: chambre à coucher transformable en salle à manger en un clic de souris, frigo garni de produits du pays, douche et toilettes. Glissez le tout dans l’équivalent d’un container maritime. Dotez-le d’une domotique moderne commandée par tablette électronique, le rendant parfaitement autonome grâce à des panneaux solaires, à une mini station d’épuration et à une pompe à chaleur, tout cela habilement dissimulé sous le plancher. Glissez-y chaque nuit de nouveaux invités de marque ou d’heureux gagnants d’un tirage au sort et trimballez le tout, un an durant, aux quatre coins du Valais: du col du Grand St-Bernard au glacier d’Aletsch, des golfs jusqu’aux lacs, du Rhône jusqu’aux alpages. Neuf tonnes d’ingéniosité, d’artisanat et de technologie, mais aussi d’accueil chaleureux en toute intimité.

Dans le cadre du bicentenaire de l’entrée du Valais dans la Confédération Suisse, le Cube365 parcourt, semaine après semaine, l’entier du territoire valaisan. Idée du directeur de l’office du tourisme de Sierre mise à disposition de tout le canton, elle est une antidote contre l’esprit de clocher qui freine encore les progrès de la branche. L’opération n’est certes pas sans frais, mais elle marque les esprits: « Quelle belle ironie que cette magnifique résidence secondaire qui parcourt le Valais, signent fièrement Franco et Nathalie, un couple « d’encubés » le souffle d’une nuit.… Que la Suisse nous en veuille? Peut-être.. Que la Suisse nous envie? Sûrement! … Verdict? Un sur dix pour le cube? Non! Treize sur treize! »

«  La nuit des martyrs, quelle nuit! Et St-Maurice qui soufflait son histoire dans le cube: nous ne sommes que de passage… Le Cube n’est rien sans la beauté et la force des paysages qui le protègent… » Manuella Maury et Thomas Tscharner

Disposé en pleine nature, face à un décor de vignes et de montagnes, le Cube 365 dévoile en effet  un charme exclusif. Imaginez-le dans un lieu inédit d’une grande ville européenne, au cœur de foires promotionnelles ou au centre d’une animation culturelle destinée à mettre le patrimoine valaisan en valeur. C’est non seulement le savoir-faire de tout un canton qui conquiert des hôtes potentiels, mais la démonstration d’un pays innovant, différent des clichés qu’on aime à entretenir à son sujet. Pour cela, il faudrait que Valais/Wallis Promotion, l’organisme cantonal de promotion économique, s’empare de l’objet comme support de campagnes inédites. Tout comme il aurait pu profiter de l’engouement culturel, artistique et événementiel généré par les manifestations du bicentenaire. Cinphonie2015, Oh! Festival, film 13 faces ou encore 13 tableaux musicaux, autant de créations artistiques de qualité demeurées presque uniques et réservées aux seuls valaisannes et valaisans. Autant de supports originaux qui sortiraient le Valais de ses ornières traditionnelles… à condition qu’elles franchissent les frontières cantonales! VWP oserait-il faire le pas? Saura-t-il profiter de tant d’idées créatrices issues des valaisans?

 

Un assemblage moderne et de qualité, démonstration de la valeur des entreprises valaisannes ayant collaboré à l’entreprise



Commentaire (0) Clics: 750

L’été de la St-Martin à Ferpècle

La langue du glacier de Ferpècle s’est effondrée en un trou géant

Ferpècle, un petit matin d’automne serein: mélèzes couleur d’or, chamois couleur ébène, torrents gelés malgré la douceur ambiante. Les pentes d’herbe ont viré au brun et il devient difficile d’y distinguer le pelage du bouquetin. Pourtant, ça et là, fleurissent encore quelques pensées ou violettes automnales, témoins d’une abondance printanières colorée. Un mince filet d’eau s’est figé à même les dalles jadis polies par le glacier; il est contraint à l’immobilité par un vent frais qui dévale des hauts sommets. Le courant descendant siffle une mélodie triste, amplifiée par de profonds tuyaux d’orgue sculptés dans la moraine surplombante. Le glacier a revêtu un fin manteau dont la blancheur contraste avec le décor flamboyant.

Un réseau de crevasses étranges entaille la langue terminale du glacier de Ferpècle. Vu depuis Bricola, elles forment un faisceau de rides autour d’un œil taillé dans la masse de glace bleuâtre. La caverne frigorifique est entourée de blocs de glace écroulés. Un torrent plat s’en échappe un peu plus bas, puis se prélasse dans quelques gouilles couleur bleu crème.Super-Lune 1:

Dans ce décor superbe, cet œil pleure au cœur de l’observateur attentif. Il taille une vaste brèche dans la langue glaciaire et marque le recul accéléré du glacier. La couche de glace devenue un jour trop faible s’est effondrée, créant cette figure surréaliste mais temporaire, car amenée un jour à fondre entièrement. Manifestation unique d’un phénomène commun: partout dans les Alpes les glaciers reculent car les températures se font de plus en plus douces.  Novembre n’est-il pas en train de battre tous les records de douceur? La plupart du temps, les glaciers abandonnent dans leur retraite un décor de roches en ruine et de sable fin abandonnés sur des dalles lisses. Mais parfois la masse en peine abandonne une caverne latérale, un portique glacé,  isolé de sa masse par un lac ou un bout de moraine.

Il en est ainsi dans toutes les alpes. La langue du glacier du Rhône fait place à un lac profond enserré dans un verrou rocheux. Celle de l’Unteraar délaisse une vaste plaine sablonneuses dans laquelle méandre un torrent brunâtre chargé de limons. Les ogives du glacier d’Aletsch disparaissent petit à petit et de vastes pentes jadis immaculées font place désormais à de tristes et gris dévaloirs de roches disloquées. Telle est la triste mélodie du réchauffement climatique, qui ailleurs se manifeste de manière plus funeste encore.


Un torrent plat s’en échappe un peu plus bas, puis se prélasse dans quelques gouilles couleur bleu crème


Dominé par les tuyaux d’orgue de la moraine et par le Mont-Miné, le glacier de Ferpècle s’effondre sur lui-même


La langue du glacier du Rhône fait place à un lac profond enserré dans un verrou rocheux

Commentaire (0) Clics: 740

François Perraudin twitter   
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.